Église Saint Jacques et chapelle ND de Bonne Garde

Église Saint Jacques

C’est le plus ancien monument religieux de Nantes, cependant il est difficiîe de fixer la date exacte de sa fondation. Le prieuré conventuel bénédictin de Saint-Jacques de Pirmil aurait été fondé en 1108. Un ancien manuscrit daté de 1179 mentionne le Prieuré de Pirmil.
XII ème siècle: L’église du monastère de Pirmil fut dédiée à l’apôtre Saint-Jacques. Son culte s’était répandu de L’Espagne ä la France et sur tous les chemins de ces royaumes l’on rencontrait les pèlerins de St Jacques de Compostelle, ce fut un temps où se bâtirent des monastères et des églises dédiés à l’apôtre Saint- Jacques. Nous savons par l’indication d’une date inscrite sur l’arceau du chœur en chiffres arabes que l’église fut construite en 1180, (250 années avant la pose de la première pierre de la cathédrale Saint-Pierre de Nantes).
Son architecture revendique une origine sept fois séculaire, le style général est du douzième siècle, il marque une époque de transition entre l’art roman et l’art gothique : arcs brisés et voûtes ogivales.
C’est une église cruciforme, une croix latine,. formée par la nef principale, le transept, le choeur et l’abside du choeur (chevet).

La nef et L’abside mesurent 40 mètres” de long, 7mètr.es de large, et la hauteur sous voûte est d’environ 12 mètres. Les voûtes se divisent en sept travées de 7 m² chacune. Trois forment la nef, trois le transept et une le chœur. Le transept mesure 21 mètres.
On reconnaît dans ce choix le symbolisme du chiffre sept qui dans la religion chrétienne évoque la sagesse divine et l’idée de perfection – « la sagesse a bâti sa maison, elle a taillé ses sept colonnes » [Pr., 9-11]. Il évoque aussi les sept jours de la création, les sept sacrements reproduits sur les vitraux de l’église.
D’autres absides s’ouvrent dans les deux bras. de la croix formée par le transept et renferment deux autels: à droite l’un réservé aux paroissiens, on y invoquait Saint-Crépin et Saint-Crépinien, patrons des cordonn1ers. A gauche, à l’autel de l’abside Nord, dédié à la Vierge, on priait Notre-Dame de Vie dont la confrérie de 8O0 membres a subsisté jusqu’á la Révolution.
Le chœur réservé aux moines bénédictins était fermé par une grille, des boiseries l’entouraient, les stalles et leur miséricorde sont visibles dans le chœur.
Les sculptures sont remarquables. À la clé de voûte de l’avant chœur, une main bénit ; à la clé de la troisième voûte de la nef une main dont le pouce s’appuie sur l’annulaire forme l’oméga des grecs. Au transept Nord, la clé de voûte représente l’agneau de Dieu avec une croix ; à celle du transept Sud, une colombe (symbole du Saint Esprit) étend ses ailes.
Plusieurs chapiteaux sont visibles. Dans la nef, l’un montre la grappe de raisin que les envoyés de Josué rapportent â Moïse de la Terre Promise. Dans l’abside Sud, prés de la porte d’accès au clocher, sur un chapiteau figurent deux symboles : l’avarice, représentée par un homme avec sa bourse suspendue au cou de deux démons et l’homme déchu : deux figures humaines couronnées d’un diadème sur un corps de bête, d’autres donnent à voir le monde végétal (fougères, acanthes). Pour la majorité illettrée des fidèles les chapiteaux illustrent l’histoire religieuse, la vie du monde réel et fantastique.
XV ème siècle Des restaurations ont été réalisées à l’église Saint – Jacques en 1484, sous le prieur Thomas James, Evêque de Dol. L’architecte embellit l’église au goût du jour : ornement du XV, fenêtres et clochetons de style flamboyant.
La date à laquelle le prieuré de Pirmil tomba en commende n’est pas connue. Un des premiers prieurs commendataires identifié fut en 1500, Guillaume Gueguen et le dernier en 1684, Claude Bazin de Bezon.
Les commendataires ayant dilapidé les biens de l’Eglise, après leur départ, de nouvelles restaurations sont rendues nécessaires.
XVII ème siècle – XVIII ème siècle. La couverture et la charpente ont été exécutées en 1778, la sacristie en 1786. Dans le clocher bâti sur la croisée du transept, trois cloches annonçaient le service divin.
Le 1er avril 1789, Dorn Sébastien Bonnard, dernier supérieur bénédictin de Pirmil, prête serment. Durant la période révolutionnaire, l’église est démantelée et le mobilier dispersé (chaire, confessionnaux autels, ornements et vases sacrés). L’église est transformée en écurie, en prison et en 1793 en hôpital.
L’église St Jacques fut rendue au culte par une décision du 29 prairial de l’an III (juin 1795) et quatre curés —l’abbé Tiret, l’abbé Guibert, l’abbé Lusson et l’abbé Vie – vont se succéder et restaurer l’église.
La chapelle du prieuré de Pirmil est devenue l’église de la nouvelle paroisse Saint-Jacques en 1830.

XIX ème siècle. Une restauration importante est entreprise à l’intérieur et à l’extérieur de l’édifice par l’architecte Nantais Théodore Nau. Quelques dates marquent ces principaux aménagements.

– 1843 la façade principal est refaite tout en gardant son style roman de transition.
– 1847, pose des vitraux du fond du sanctuaire illustrant la vie de Saint Jacques, exécutés par les ateliers de Metz.
– 1880 mise en place des deux vitraux « grisailles » de chaque côté de la nef et achèvement du pavé de la nef.
Lors de ces restaurations, plusieurs éléments de son décor sculpté – une statue acéphale d’un évêque (façade sud), une statue de diable (façade nord), des chapiteaux historiés, des modillons – sont mis en dépôt au musée archéologique Dobrée par l’architecte Nau.
En 1886 le ministère des Beaux-Arts a rayé l’église Saint Jacques de la liste des monuments historiques. En 1891, la paroisse acquiert un orgue dont on a souhaité le centenaire. Le 10 Août 1893, a eu lieu la consécration de l’église par l’abbé Ragaud.
XX ème siècle. Les restaurations de dégagement entreprises au XIXème et XXème siècles permettent d’admirer le système ogival des voûtes, les piliers de granit de la croisée du transept, les chapiteaux historisés, les clés de voûte, des colonnes aux diamètres variés recevant les faisceaux des moulures qui plongent de la voûte.
La façade principale conserve le style roman propre à tout l’édifice cultuel. Le frontispice comporte deux arcades bouchées, à plusieurs voussures. Sur le tympan restauré, le Christ de Gloire est entouré des symboles des quatre évangélistes – l’homme pour Matthieu, le lion pour Marc, le taureau pour Luc et l’aigle pour Jean.
Les colonnes entourant le porche sont surmontées de chapiteaux historisés, sur l’i=un d’entre eux – à dfroite, on peut apercevoir saint Jacques avec un livre et un bourdon. La zone supérieure est une galerie dont les archivoltes durent abriter des statues aujourd’hui disparues.

Dans les années 1950… il a fallu augmenter en places la capacité de l’église et adapter ce lieu de culte aux offices religieux. Ce fut l’oeuvre de l’abbé barteau, curé de St Jacques et de M. Liberge, père et architecte.

Anticipant les orientations liturgiques du concile Vatican II (1962-1965). L’autel placé au fond du chœur est placé au centre du transept. L’autel en marbre du Pas de Calais provient de la maison Delaunay des Ponts de Cé. La chaire est remplacée par un ambon également en marbre.

Il faut mentionner les 14 vitraux dus au peintre verrier nantais Yves Dehais. Tous à personnages ou à symboles, ils représentent St Jacques, ND de Bonne Garde, le Sacré Choeur de Jésus, St Joseph, St Pierre, St Jean-Marie Vianney, St Louis Grignon de Montfort et les sept sacrements de l’église catholique.


XXI ème siècle. Quelle qu’ait été son évolution, l’église Saint Jacques demeure un maillon de l’histoire de la chrétienté à Nantes. C’est un édifice du patrimoine religieux du diocèse de Nantes. Canoniquement l’église St Jacques est l’une des trois églises constituant avec les églises St Jean et Ste Famille la paroisse St JJSF créee en 2003 par Mgr Soubrier.

Le 11 septembre 2025, une nouvelle paroisse est créee par Mgr Laurent Percerou en réunissant les paroisse St Sébastien et St JJSF. C’est la paroisse Saintes Marthe et Marie. Le premier curé de cette nouvelle paroisse est le père Emmanuel Mustière

Chapelle Notre Dame de Bonne Garde

A la porte de Nantes, sur le grand chemin de Clisson, comme une sentinelle avancée qui garde la cité, s’élève une élégante chapelle, bâtie en l’honneur de la Très Sainte Vierge.
Elle est située à quelques cents mètres de l’antique et intéressante église Saint-Jacques. C’est grâce à ce sanctuaire vénéré que la dévotion à Marie s’est toujours maintenue dans la paroisse. Il semble même que la Reine Des Cieux ait pris possession de ce petit coin de terre, où elle est invoquée depuis si longtemps sous les doux noms de N.-D. de Vie, N.-D. de Bon Secours,  N.-D. du Rosaire,  N.-D. de Bonne-Garde, N.-D. de Bon-Conseil, N.-D. de Bon-Espoir et N.-D. de l’Annonciation.

Antérieurement à la Révolution existait dans l’église priorale des Bénédictins, (aujourd’hui paroissiale), le siège d’une célèbre confrérie qui comptait en 1790 plus de deux mille membres, répandus dans toute la ville.
Dans la chapelle du Nord on remarque une Vierge d’une expression très saisissante, restaurée il y a quelques années et qui serait (cela pourrait s’établir historiquement par les documents et la tradition) la véritable statue de N.-D. de Bon-Secours : sauvée du vandalisme révolutionnaire par M. GUIBERT, curé intrus de Sainte-Croix et devenu curé légitime de Saint-Jacques, elle aurait été placée par celui-ci dans sa nouvelle église paroissiale.
La confrérie du Rosaire, qui remplace celle dont il vient d’être fait mention dans la note, a été canoniquement érigée en 1823 par Mgr DE GUERINES. L’autel est sous ce vocable comme sous celui de Bonne -Vie.
Le vénérable M. DURAND, dont la mémoire est toujours en bénédiction, a fait plus que personne pour le développement du culte de la Très Sainte Vierge parmi les fidèles de St Jacques. C’est à lui que revient l’honneur d’avoir relevé de ses ruines le sanctuaire de Bonne-Garde ; c’est par ses soins qu’on a placé sur le chemin de Vertou un petit monument en l’honneur de N.-D. de Bon-Conseil et un autre à Sèvres, sous celui de N.-D. de Bon-Espoir.

Dans la partie rurale de la paroisse existe un oratoire, propriété de la Fabrique, où l’on acquitte une fondation de messes et dont l’autel est dédié au mystère de l’Annonciation.
Ces sanctuaires, ces autels, ces statues et ces confréries sont autant de signes de dévotion et autant de titres à la protection spéciale de Marie pour la paroisse St-Jacques.

Il est toujours difficile d’indiquer une date précise à ces monuments que nous ont légués les âges de foi : l’origine des institutions et des pratiques religieuses les plus vénérables restent enveloppées d’un nuage mystérieux. C’est ainsi, qu’après des recherches consciencieuses, on n’a pu établir historiquement la fondation des sanctuaires les plus illustres que la piété des siècles passés ont élevés autour de notre vieille cité nantaises, comme ceux de Miséricorde, de Toutes-Aides et de Bon-Secours. Les documents faisant défaut, on s’est appuyé sur le caractère architectural des constructions : ce qui n’a pas toujours satisfait la critique moderne, si susceptible et si exigeante.
En particulier, notre vieille église St-Jacques est restée, jusqu’à ce jour, un problème que les données de l’histoire n’ont pas encore résolu. On y lit, il est vrai, au frontispice de la grande arcade du chœur, la date en chiffres arabes de 1180 ; mais justice a été faite de cette date apocryphe que l’architecte, M. NAUD, a cru bon de faire graver lui-même, à la suite de la restauration. Le style, qui la rend si originale et si digne d’intérêt, permet de la classer parmi les édifices de l’époque de transition, c’est-à-dire vers la fin du XIIe siècle. La vraie date est celle que l’on découvre enchevêtrée sous les acanthes d’un chapiteau dans l’abside du Nord. Voici le fac-similé :

« XII – AIA » Mais qui pourra déchiffrer cette énigme ? On a disserté sur cette inscription, et le champ est encore ouvert aux archéologues – Adhuc sub judice lis est.– De quelque manière qu’on l’interprète, on est obligé de placer la fondation dans les premières années du XIIIe siècle.

La Chapelle de Bonne-Garde, dont nous étudions l’histoire, a des origines connues, que la tradition et les documents indiquent d’une manière telle qu’il ne nous reste plus de doute sur son établissement.
On rapporte qu’au milieu du XVIIe siècle « des personnes aperçurent un soir, resplendir au milieu d’une clarté lumineuse, une petite statue de la Très Sainte-Vierge. Leur étonnement et leur joie sont extrêmes ! Elles s’empressent de se saisir de la merveilleuse statue et de la porter chez elles comme un gage de bénédictions célestes. Mais nouveau sujet de surprise et à la fois de grande tristesse : l’objet vénéré ne se trouve plus le lendemain au lieu où on l’a placé veille. On le recherche inutilement dans toute la maison : il n’y est plus. Frappés de plus en plus d’un évènement aussi extraordinaire, les premiers témoins se hâtent d’en donner connaissance aux Bénédictins du Prieuré de Pirmil, sur le fief desquels se trouvait la miraculeuse invention. Le prodige se renouvela dans les mêmes circonstances. Par l’ordre des Religieux, la statue est transportée dans leur église ; mais c’est encore en vain, l’image de Marie se retrouve à l’endroit même où on l’a vue pour la première fois. A ces signes multipliés, l’on reconnaît que la Sainte Vierge veut être honorée dans le lieu où s’était manifestée la merveille. Une petite grotte reçut la statue, et dès ce jour on vit affluer les pieux pèlerins. »

Quelques années plus tard, grâce aux aumônes des fidèles et principalement aux largesses du maréchal de la Meilleraye et avec l’autorisation du R.P. Prieur et de l’Ordinaire, une modeste chapelle avait remplacé le premier monument. C’est le 4 novembre 1657 que l’on inaugura le nouveau sanctuaire. Nous en constatons l’existence par le procès-verbal de la visite archidiaconale du Doyenné de Clisson :
« Il a esté à l’endroit déclaré que la chappelle a été bastie en l’an mil six cent cinquante-sept par les soins de Sœur Marie, appelée de Bonne-Garde et des Coquin, ses parents, des charités et aumônes de diverses personnes et entr’autres de feu seigneur maréchal de la Meilleraye et du consentement du sieur Bazin, lors prieur de Primil, en le fief du quel elle est et par permission de Monseigneur de Beauveau, lors évesque de Nantes. En laquelle après avoir fait nos prières à basse voix, nous l’aurions trouvée en bonne estat et que le grand autel dédié à la Sainte Vierge estoit très propre et bien paré et qu’il y avoit dessus une petite Nostre-Dame d’argent et au devant deux lampes aussi d’ argent, et qu’il y avoit un second autel contre la muraille du costé droit en entrant, dédié à la Très Sainte Trinité, aussi fort propre et bien orné. A l’endroit de la ditte visite le sieur Recteur de Saint-Sébastien a déclaré qu’il avoit esté faict plusieurs dons à la ditte chappelle et qu’il en étoit faict continuellement, des quels on avoit acheté divers ornements, dont la pluspart estoit entre les mains de la ditte Soeur Marie ; laquelle s’éstant trouvée à la ditte visite nous auroit faict voir divers ornements fort propres tant pour la sainte messe que pour parer les autels, et deux beaux calices et plusieurs cierges blancs qu’elle auroit dit avoir esté donnés en offrandes et nous auroit déclaré que, depuis les deffen Ses faictes d’exposer le Très Saint Sacrement en les chappelles particulières, elle avoit mis entre les mains de madame de Crévaly un grand et un petit cyboire, un beau soleil et un encensoir avec la navette, le tout d’ argent, pour estre devenu inutile depuis, les dittes deffenses, et nous a aussi apparu un petit livre de papier blanc in-quarto en le quel sont escrits la pluspart de tous les dits meubles et présens faicts en la ditte chappelle et par qui et à quels desseins ils ont esté faicts… »

Tel est ce document officiel, portant la date du 4 mai 1684. A cause de son importance historique, nous en avons conservé scrupuleusement le style et la forme.
Cette sainte fille, dont la Providence a bien voulu se servir pour l’accomplissement de ses volontés, était une pieuse personne, vivant sous la règle du Tiers-Ordre et se livrant aux œuvres miséricorde et particulièrement aux soins des malades. On l’appelait pour cela Marie de Bonne-Garde, et c’est ainsi qu’on donna à sa chapelle le vocable de Notre-Dame de Bonne-Garde.
La chapelle était située à l’endroit même de l’invention miraculeuse, au carrefour formé par la rencontre des chemins de St Sébastien et de Clisson, dans un lieu désert et inhabité.
La construction actuelle occupe à peu près le même emplacement.
Ce qui rendit célèbre et fréquenté le sanctuaire d Marie, ce ne fut pas les riches dons dont il est fait mention dans la pièce précitée, mais plutôt l’histoire traditionnelle de son origine, la piété des fidèles et l’éclat des bienfaits qu’on y reçut.
Une tendre confiance en la protection de Notre-Dame de Bonne-Garde attacha dès le commencement à son culte tous les cœurs croyants et pieux. Les pèlerins affluaient de la ville et la campagne. Les malades et les infirmes, aussi bien que les pauvres pécheurs, se trouvaient réunis dans la même prière, les uns pour demander la santé et la guérison, les autres pour implorer le pardon de leurs fautes. On l’invoquait aussi spécialement contre le péril d’une mort subite. Que de marins, avant de s’embarquer sur la mer orageuse, sont venus confier à Marie la garde de leurs personnes ! On y arrivait des îles de Rezé et des bords de la Loire. Au retour d’un voyage accompli, à la suite d’une navigation heureuse, les matelots reconnaissants aimaient à suspendre aux murailles et à la voûte du béni sanctuaire de nombreux ex-voto, témoignages de leur gratitude et de leur foi. De tous ces signes de dévotion qui étaient autrefois le plus bel ornement de la chapelle, il n’est resté qu’un tableau que l’on voit encore aujourd’hui et un navire de guerre qui n’y figure plus depuis ces dernières années.

De pieux enfants y consacrèrent plus d’une fois l’innocence de leur jeune âge. Là ils recevaient la bénédiction de leur Mère du ciel. Au soir de la cérémonie de première communion, il s venaient ensemble se consacrer solennellement.
De nombreux pèlerinages arrivaient des paroisses voisines. Saint Sébastien se faisait un devoir sacré d’apporter chaque année à l’humble sanctuaire ses offrandes et ses prières : cette coutume subsista même jusqu’à ces derniers temps ; il n’y a que quelques années seulement que cette paroisse a rompu avec ses traditions.

Ce qui a aussi entretenu la dévotion dans cette chapelle, c’est qu’une Confrérie y a été établie dès l’origine en l’honneur de la Très Sainte Trinité. Les membres étaient obligés de faire célébrer une messe basse à l’autel de la Confrérie à l’issue de la messe paroissiale et une autre tous les premiers jeudis de chaque mois. Une ordonnance du grand-vicaire les avait dépossédés du privilège de l’exposition du Saint-Sacrement aux fêtes de la Trinité, de la Nativité et de la Présentation de la Sainte-Vierge, de Sainte Anne et de Sainte Barbe.
Cette Confrérie, gouvernée par deux prévôts, un ecclésiastique et un laïque, s’est maintenue simultanément avec celle de Bonne-Vie jusqu’à la révolution.
Un desservant a été attaché à la chapelle depuis sa fondation jusqu’à la constitution civile du clergé ; le dernier fut M. Nicolas Rethières, né à Saint-Sébastien et ancien vicaire d’Aigrefeuille.
Chaque soir à l’heure de l’Angelus, on aimait à se réunir aux pieds de Marie, la bonne Mère et la fidèle Gardienne de ses enfants. Là, un saint personnage, dont le nom n’est pas encore oublié, M. Pellerin, présidait à la récitation du chapelet et au chant du cantique. Il a fallu la main sacrilège de la révolution pour fermer les portes de ce pieux sanctuaire et en interdire l’entrée aux dévoués serviteurs de Marie.
Pour obéir aux décrets de l’Assemblée nationale, on inventoria les meubles et ornements de la chapelle :
17 chasubles, 5 dalmatiques, 2 confessionnaux, une chaire.
La statuette de la Vierge, en argent, ainsi que les vases sacrés, si nombreux et si riches, furent envoyés à la Monnaie.
La chapelle fut vendue nationalement pour 150 livres.

      Ce n’est cependant que sous la Terreur que le pillage fut accompli. Un des soldats, pour lesquels on avait transformé la chapelle en corps-de-garde, voulut un jour mettre au feu l’antique statue de la Madonne : elle n’échappa à l’impiété que par miracle. La tradition locale rapporte qu’un brave habitant du quartier parvint à persuader le sacrilège de ne pas exécuter son dessein criminel. La tempête révolutionnaire apaisée, le sauveur de la statue la remit aux mains de M. Guibert qui la plaça à l’endroit qu’elle occupait autrefois ; elle y demeura jusqu’à la reconstruction de la chapelle. A cette époque on fit sculpter par Grootaers une nouvelle statue, d’un plus grand mérite sans doute au point de vue artistique, mais moins digne de vénération que celle au pied de laquelle les générations s’étaient humblement agenouillées. Elle occupa un coin de la chapelle pendant de longues années, et dernièrement on crut bon de la reléguer dans une dépendance de la chapelle : c’est là que par bonheur nous l’avons découverte.
Malgré les mutilations, signes du danger qu’elle a couru, elle porte encore son cachet d’originalité et d’antiquité. La Vierge presse encore contre son sein le divin Enfant qui entoure le cou de sa Mère dans un mouvement d’effroi et de crainte ; la main droite devait tenir un sceptre. Voilà bien la vraie Dame de Bonne-Garde qui défend et protège ceux qui se confient à son puissant secours. Elle est sculptée en bois dur ; mais malheureusement la finesse du ciseau qui l’a taillée disparaît sous plusieurs couches superposées de plâtre et de peintures grossières. Une restauration intelligente lui a rendu son expression naïve.
Rien de remarquable ne s’offrait à l’extérieur de la vieille chapelle que dominait une petite flèche en aiguille. Si l’on y pénétrait, on était frappé par un sujet à grand effet, suspendu à la voûte et qui couronnait autrefois le retable de l’autel principal. Le ciel entrouvert laissait voir le Père éternel, entouré d’une gloire rayonnante et jetant des regards de complaisance sur Marie, la gardienne de son Verbe incarné ; à gauche l’Esprit-Saint descendant sur son Epouse pour l’inonder de sa grâce ; puis une troupe d’anges formant cercle autour des divines Personnes et portant emprunte sur leur visage une joie mêlée de ravissement. Cet ouvrage était sans doute un don de la confrérie de la Très Sainte Trinité, qui tenait ses réunions dans la chapelle et y faisait acquitter les fondations.
Voilà tout ce qui restait des splendeurs et des richesses dont le Révolution avait dépouillé le vénéré sanctuaire de Bonne-Garde.

Quand le saint M. Durand arriva à St-Jacques comme curé, ce qui consola son cœur de prêtre et le remplit de douces espérances, ce fut d’apprendre que la paroisse avait le bonheur de posséder un sanctuaire dédié à la Sainte Vierge. Oh ! comme il aimait Celle qu’il appelait la trésorière, la dispensatrice des faveurs divines ! Il disait à qui voulait l’entendre qu’il obtenait tout du ciel par Marie. Quelques mois à peine après son installation, il prescrivit une neuvaine à Bonne-Garde, pour faire cesser une grande sécheresse qui désolait la campagne ; dans la semaine suivante, sa foi était récompensée par une pluie bienfaisante. Un peu plus tard il y eut un grand débordement des eaux de la Loire et de la Sèvre : le pieux serviteur de Marie invoqua N.-D. de Bonne-Garde ; les pluies cessèrent, et c’est en cette circonstance qu’il écrit dans ses notes à la louange de sa bonne Mère : « Marie que nous avons invoquée a prié pour nous. » En 1854, le choléra, on s’en souvient, sévissait à Nantes ; aussitôt M. Durand ordonna une neuvaine pour que la paroisse fut préservée du fléau qui faisait beaucoup de victimes dans le quartier des ponts. Sa confiance ne fut point encore déçue cette fois.

La vieille chapelle menaçait ruines, et l’on parlait déjà de la raser pour rectifier l’alignement de la route de Clisson. La pensée de la voir disparaître pour jamais navrait son cœur. Au pied de la statue de Bonne-Garde, il conçut le projet hardi d’une reconstruction. Mais comment arriver à ce rétablissement, dans une paroisse qui comptait si peu de gens aisés ? Rien n’est impossible au croyant. En 1855, avec Marie, il se met à l’œuvre, organise une souscription « qui, dit-il, produisit des résultats inattendus ». Trois ans s’étaient à peine écoulés, qu’au mois de juillet il eut le bonheur d’inaugurer sa chère chapelle. Construite dans le style gothique par M. Bourgerel, elle est élégante et gracieuse dans sa simplicité. Un campanile élancé ne tarda pas à couronner l’ouvrage. On ne négligea rien pour la rendre magnifique à l’intérieur. Pour assurer l’existence légale de cette chapelle, le fondateur prit soin de la faire admettre par l’Etat au rang des chapelles des secours . – (décret impérial du 17 Janvier 1857).

La mot empêcha M. Durand de mettre la dernière main à son œuvre. Elle vint trop tôt l’enlever à l’affection de ses paroissiens qui le vénéraient comme un saint. Il semble qu’il eût mérité de reposer à l’ombre de ce sanctuaire que nous devons à son zèle et à ses généreuses offrandes. Dieu ne le permit pas.

Depuis 1861, époque à laquelle on élevé la flèche, rien n’a été fait pour l’achèvement du monument. Il reste quelques chapitaux à dégrossir à l’intérieur, et la façade extérieure attend le ciseau du sculpteur.

Chaque mois on se rendait processionnellement à la chapelle en chantant les Litanies, à la suite de l’étendard déployé de Bonne-Garde. Cette cérémonie qui avait lieu tous les premiers dimanches, est restée forcément interrompue pendant 8 ans : elle va devenir plus chère encore aux pieux habitants de St Jacques, heureux avec toute la Ville d’avoir recouvré la liberté des manifestations de la foi.

C’est à cette occasion et pour marquer la reprise de la chère procession de Bonne-Garde, que nous avons composé cette petite Notice et que nous la déposons au pied de l’antique statue, rendue au culte et à la vénération du peuple. Puisse la Madone bénir ces pages qui contribueront, il faut l’espérer, à la faire aimer davantage dans la paroisse St-Jacques, si fidèle et si dévouée.