C’est le plus ancien monument religieux de Nantes, cependant il est difficiîe de fixer la date exacte de sa fondation. Le prieuré conventuel bénédictin de Saint-Jacques de Pirmil aurait été fondé en 1108. Un ancien manuscrit fait remonter sa fondation au IX siècle mais les documents font défaut.
L’église du monastère de Pirmil fut dédiée à l’apôtre Saint-Jacques. Son culte s’était répandu de L’Espagne ä la France et sur tous les chemins de ces royaumes l’on rencontrait les pèlerins de St Jacques de Compostelle, ce fut un temps où se bâtirent des monastères et des églises dédiés à l’apôtre Saint- Jacques.
Nous savons par l’indication d’une date inscrite sur l’arceau du chœur en chiffres arabes que l’église fut construite en 1180, (250 années avant la pose de la première pierre de la cathédrale Saint-Pierre de Nantes).
Son architecture revendique une origine sept fois séculaire, le style général est du douzième siècle, il marque une époque de transition entre l’art roman et l’art gothique : arcs brisés et voûtes ogivales.
C’est une église cruciforme, une croix latine,. formée par la nef principale – la nave, cette carcasse de navire quille renversée à l’image de l’Arche de Noé, de la barque de Pierre – l’abside du chœur et le transept.
La nef et L’abside mesurent 40 mètres” de long, 7mètr.es de large, et la hauteur sous voûte est d’environ 12 mètres. Les voûtes se divisent en sept travées de 7 m² chacune. Trois forment la nef, trois le transept et une le chœur. Le transept mesure 21 mètres.
On reconnaît dans ce choix le symbolisme du chiffre sept qui dans la religion chrétienne évoque la sagesse divine et l’idée de perfection – « la sagesse a bâti sa maison, elle a taillé ses sept colonnes » [Pr., 9-11]. Il évoque aussi les sept jours de la création, les sept sacrements reproduits sur les vitraux de l’église.
D’autres absides s’ouvrent dans les deux bras. de la croix formée par le transept et renferment deux autels: à droite l’un réservé aux paroissiens, on y invoquait Saint-Crépin et Saint-Crépinien, patrons des cordonn1ers. A gauche, à l’autel de l’abside Nord, dédié à la Vierge, on priait Notre-Dame de Vie dont la confrérie de 8O0 membres a subsisté jusqu’á la Révolution.
Le chœur réservé aux moines bénédictins était fermé par une grille, des boiseries l’entouraient, les stalles et leur miséricorde sont visibles dans le chœur.
Les sculptures sont remarquables. À la clé de voûte de l’avant chœur, une main bénit ; à la clé de la troisième voûte de la nef une main dont le pouce s’appuie sur l’annulaire forme l’oméga des grecs. Au transept Nord, la clé de voûte représente l’agneau de Dieu avec une croix ; à celle du transept Sud, une colombe (symbole du Saint Esprit) étend ses ailes. Plusieurs chapiteaux sont visibles. Dans la nef, l’un montre la grappe de raisin que les envoyés de Josué rapportent â Moïse de la Terre Promise. Dans l’abside Sud, prés de la porte d’accès au clocher, sur un chapiteau figurent deux symboles : l’avarice, représentée par un homme avec sa bourse suspendue au cou de deux démons et l’homme déchu : deux figures humaines couronnées d’un diadème sur un corps de bête, d’autres donnent à voir le monde végétal (fougères, acanthes). Pour la majorité illettrée des fidèles les chapiteaux illustrent l’histoire religieuse, la vie du monde réel et fantastique.
Des restaurations ont été réalisées à l’église Saint – Jacques en 1484, sous le prieur Thomas James, Evêque de Dol. L’architecte embellit l’église au goût du jour : ornement du XV, fenêtres et clochetons de style flamboyant.
La date à laquelle le prieuré de Pirmil tomba en commende n’est pas connue. Un des premiers prieurs commendataires identifié fut en 1500, Guillaume Gueguen et le dernier en 1684, Claude Bazin de Bezon.
Les commendataires ayant dilapidé les biens de l’Eglise, après leur départ, de nouvelles restaurations sont rendues nécessaires.
La couverture et la charpente ont été exécutées en 1778, la sacristie en 1786. Dans le clocher bâti sur la croisée du transept, trois cloches annonçaient le service divin.
Le 1er avril 1789, Dorn Sébastien Bonnard, dernier supérieur bénédictin de Pirmil, prête serment. Durant la période révolutionnaire, l’église est démantelée et le mobilier dispersé (chaire, confessionnaux autels, ornements et vases sacrés). L’église est transformée en écurie, en prison et en 1793 en hôpital.
L’église St Jacques fut rendue au culte par une décision du 29 prairial de l’an III (juin 1795) et quatre curés —l’abbé Tiret, l’abbé Guibert, l’abbé Lusson et l’abbé Vie – vont se succéder et restaurer l’église.
La chapelle du prieuré de Pirmil est devenue l’église de la nouvelle paroisse Saint-Jacques en 1830.
Au cours du 19ème siècle, une restauration importante est entreprise à l’intérieur et à l’extérieur de l’édifice. Quelques dates marquent ces principaux aménagements.
– 1847, pose des vitraux du fond du sanctuaire illustrant la vie de Saint Jacques, exécutés par les ateliers de Metz.
– 1880 mise en place des deux vitraux « grisailles » de chaque côté de la nef et achèvement du pavé de la nef.
Lors de ces restaurations, plusieurs éléments de son décor sculpté – une statue acéphale d’un évêque (façade sud), une statue de diable (façade nord), des chapiteaux historiés, des modillons – sont mis en dépôt au musée archéologique Dobrée par l’architecte Nau.
En 1886 le ministère des Beaux-Arts a rayé l’église Saint Jacques de la liste des monuments historiques. En 1891, la paroisse acquiert un orgue dont on a souhaité le centenaire. Le 10 Août 1893, a eu lieu la consécration de l’église par l’abbé Ragaud.
Les restaurations de dégagement entreprises au XIXème et XXème siècles permettent d’admirer le système ogival des voûtes, les piliers de granit de la croisée du transept, les chapiteaux historisés, les clés de voûte, des colonnes aux diamètres variés recevant les faisceaux des moulures qui plongent de la voûte.
La façade principale conserve le style roman propre à tout l’édifice cultuel. Le frontispice comporte deux arcades bouchées, à plusieurs voussures. Sur le tympan restauré, le Christ de Gloire est entouré des symboles des quatre évangélistes – l’homme pour Matthieu, le lion pour Marc, le taureau pour Luc et l’aigle pour Jean.
Les colonnes entourant le porche sont surmontées de chapiteaux historisés, sur l’i=un d’entre eux – à dfroite, on peut apercevoir saint Jacques avec un livre et un bourdon. La zone supérieure est une galerie dont les archivoltes durent abriter des statues aujourd’hui disparues.
Quelle qu’ait été son évolution, l’église Saint Jacques demeure un maillon de l’histoire de la chrétienté à Nantes.